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L'évaluation monétaire des autres enjeux

D’autres enjeux peuvent faire l’objet d’une analyse par l’évaluation monétaire, y compris les enjeux qui fondent la vulnérabilité des personnes. La brève revue qui suit signale les évaluations monétaires couramment suggérées ou mises en œuvre dans des contextes d’analyse des risques ou d’indemnisation des dommages. Dans le cadre d’une analyse des enjeux et de leur vulnérabilité, on se contentera souvent d’ordres de grandeurs sur quelques variables utiles pour hiérarchiser les enjeux.

Les éléments mobiliers et d'embellissement du bâti à usage d’habitation se révèlent être une composante importante dans les évaluations de dommages réalisées dans le cadre des dossiers d’indemnisation. Ils sont difficiles à apprécier ex-ante, sauf à effectuer des enquêtes de terrains. Les informations fiscales dont il a été question plus haut, pourraient éventuellement être utilisées pour corriger à la hausse ou la baisse les estimations concernant la valeur du bâti. Les exemples d’application manquent pour pouvoir suggérer une méthode dans ce domaine.

Le coût de réparation ou de reconstruction des infrastructures de protection, des infrastructures routières et des réseaux peut être estimé sur la base des connaissances et de l’expérience des services d’ingénierie civile. Un certain nombre de référentiels sont actuellement en cours de préparation par les services de l'Etat (Roche et al., 2014).

Les flux économiques liés aux activités agricoles, industrielles et commerciales, sont très spécifiques à chaque activité et ne peuvent être estimés que par un travail d’enquête directe. L’évaluation portera sur les pertes potentielles de chiffre d’affaires et de valeur ajoutée, en plus des temps de chômage technique, voire de perte d’emplois. Ces manques à gagner peuvent être liés à des destructions de stock ou au temps nécessaire à la reprise de l’activité après l’événement. Les temps de réhabilitation des infrastructures et du bâti, les cycles de production en agriculture, la baisse de fréquentation liée à une dégradation de l’image et de l’attractivité en particulier pour le tourisme peuvent être à l’origine de pertes économiques s’inscrivant dans la durée. Ces évaluations supposent de poser de nombreuses hypothèses pouvant faire l’objet d’analyses de sensibilité. Elles peuvent aussi être traitées de manière qualitative dans le cadre de l’évaluation de la vulnérabilité. En première approche on pourra ainsi retenir une estimation des chiffres d’affaires et de l’emploi. La saisonnalité des activités peut être aussi un point important dans le cadre d’une analyse de vulnérabilité.

La valeur de certains biens patrimoniaux, culturels ou environnementaux, peut être approchée a minima par l’estimation du coût de réhabilitation ou de reconstruction dans le premier cas, de restauration dans le second. On a vu dans le passé des exemples emblématiques de réduction de l’exposition au risque d’érosion par le déplacement physique d’éléments de patrimoine bâti. Il existe aussi un ensemble de techniques d’évaluation directe de la valeur attachée à ces biens (méthodes d’évaluation contingente, choix expérimentaux). Celles-ci sont coûteuses à mettre en œuvre, sujettes à controverses et apportent une information moins opérationnelle que l’analyse des coûts de réhabilitation, de reconstruction ou de restauration.

Un certain nombre de biens culturels et d’éléments naturels sont les supports d’activités économiques en particuliers liées au tourisme. La destruction d’un monument pour lequel l’attachement dépasse la population locale, ou la destruction d’une plage, va résulter en des pertes de chiffres d’affaires et de revenus qui constituent autant d’éléments d’évaluation. On utilisera des mesures telles que les dépenses de séjour des touristes associées aux variations attendus de la fréquentation et leur distribution entre les différents secteurs d’activité. On pourra aussi avoir recours à des méthodes d’évaluation indirecte des valeurs d’usage non marchand (coûts de transports, prix hédoniques) pour lesquels il existe une abondante littérature. Ces méthodes sont coûteuses à mettre en œuvre, mais dans des espaces où l’enjeu économique lié au tourisme est important, ce qui est souvent le cas pour les littoraux, elles peuvent utilement être mobilisées.

En dernier lieu, on peut mentionner l’évaluation économique de l’enjeu humain. Il concerne les coûts induits par les impacts physiques et psychologiques sur les individus, coûts des traitements médicaux mais aussi conséquences sur la capacité des individus à se reconstruire. Il concerne enfin le coût de la vie humaine, thème qui fait l’objet de travaux de recherche et d’applications, en particulier aux Pays-Bas pour ce qui est du risque inondation.

A retenir

  • L’évaluation monétaire des enjeux ne constitue qu’une information parmi d’autres en appui à l’analyse de la vulnérabilité.
  • Elle ne requiert pas une information aussi détaillée que pour l’évaluation des dommages, que ce soit dans le cadre de l’évaluation des projets de gestion du risque ou de l’indemnisation.
  • Chaque enjeu requiert une approche particulière pour réaliser une évaluation monétaire.
  • L’évaluation de la valeur des biens immobiliers est un élément central, après celui de la vulnérabilité des personnes, dans l’évaluation des enjeux en zone littorale.
  • La disponibilité de données de référence permet de réaliser des estimations à partir de la modélisation de la valeur des biens. Ces modélisations requièrent un complément limité en termes de collecte de données de terrain pour affiner leur pertinence locale.